Les derniers irréductibles traînent encore dans les tribunes vides. Ultra du sport automobile, ils refusent de partir, comme si accepter la fin du spectacle c'était abandonner leur rêve.
Un rendez-vous
avec sa jeunesse

Un vieux monsieur en veste de tweed, casquette vissée sur la tête,nettoie ses lunettes avec un mouchoir en tissu. Il a dû voir passer tous les grands noms : Jacky Ickx, Derek Bell, Tom Kristensen. Pour lui, Le Mans ce n'est pas un événement, c'est un pèlerinage annuel, un rendez-vous avec sa jeunesse.


Sur la piste déserte, un marshal solitaire ramasse les derniers bouts de carrosserie, deux fragments de pneu ici, un bouchon de réservoir oublié là. Chacun racontant son histoire, un dépassement, un geste imprévu, une frayeur.


Dans les
paddocks
Dans les paddocks, les dernières voitures attendent leur tour pour remonter dans les camions. Une Ford GT40 solitaire, moteur encore tiède, capot ouvert comme une bouche qui respire. Dans quelques heures, elle sera sur l'autoroute A11, direction l'Angleterre, rangée dans un garage climatisé jusqu'au prochain meeting historique.
Les derniers photographes professionnels plient leurs trépieds, rangent leurs objectifs dans leurs flight-cases. Eux aussi repartent avec leurs images, leurs souvenirs pixellisés, leurs fragments d'émotion à 1/500e de seconde.
Moi, je reste encore. Pas par nostalgie, mais par curiosité. Je veux voir jusqu'au bout, jusqu'au moment où il ne restera plus rien. Où le circuit du Mans redeviendra juste un rond de bitume dans la campagne sarthoise.



























