
Retour dans la zone publique, mais avec un oeil différent. Je commence à comprendre que chaque geste ici a un sens, une histoire, une nécessité.

observation N°1
Chaque pilote a ses manies. J'observe, je note mentalement, je cadre ces rituels d'avant-bataille.
Ce casque blanc Bell Racing posé avec un soin religieux sur le capot d'une Ford GT40 réplique. Pas posé n'importe comment : visière vers le sol, jugulaire dépliée, aérations vers l'avant.
Pas posé n'importe comment : visière vers le sol, jugulaire dépliée, aérations vers l'avant. Comme une offrande aux dieux de la vitesse, comme un totem qui protège des accidents. Le pilote, la cinquantaine, vérifie trois fois la position. Il a fait ça 127 fois depuis qu'il fait LE Mans Classic. Une fois, il a oublié le rituel à Silverstone : sortie de piste au 12e tour.
observation N°2
Cette façon précise, maniaque, de nouer les sangles du harnais Sabelt 6 points. Toujours dans le même ordre : gauche d'abord, puis droite, ensuite les deux sangles d'épaule,enfin l'entrejambe, et pour finir le serrage central. Clic-clac clic. Musique rituelle de la survie. Ces sangles-là, c'est ce qui fait la différence entre "sortie de piste avec quelques bleus" et "rapatriement sanitaire en hélico"
observation
N°3
Ce regard vers le ciel avant de monter dans le cockpit. Prière laïque ou simple vérification météo ? Les nuages s'accumulent au-dessus de la Sarthe, le vent se lève. Sur piste sèche, sa Porsche 911 RSR fait du 1'58 au tour.
Sur piste mouillée, c'est la loterie : soit tu restes sur la gomme, soit tu pars en aquaplaning à 180 km/h vers les pneus Michelin.

Les voitures alignées sur la grille comme des soldats avant l'assaut du Chemin des Dames. Numéro 6, une beauté historique Ford GT40 mk1, blanc immaculé avec ses bandes bleues racing.
Moteur V8 Ford 4,7 litres, 400 chevaux, transmission ZF 5 vitesses. Dans 10minutes, elle sera couverte de poussière de circuit et d'insectes écrasés, mais là, maintenant, sous le soleil de 15h, elle est parfaite. Virginale et mortelle.
“ drink or drive ”
Le panneau me nargue au bord de la piste. Humour British, ironie du sort, réglementation FIA. Ici, on boit après, si on revient entier. Si la mécanique tient jusqu'au drapeau à damier. Si l'essence ne prend pas feu dans l'impact. Si les freins Brembo répondent encore au 23e tour quand ils chaufferont à 800 degrés.
Ces rituels d'avant-course, c'est leur façon d'apprivoiser la peur, de faire semblant que tout est sous contrôle dans un sport où la mort reste possible à chaque virage. Superstition moderne de l'homme face à la machine.




























