Je commence à comprendre que ma journée va peut-être devenir intéressante. Privé du ON, mes yeux se tournent vers le OFF, l'envers du décor et c'est là que ça devient vraiment captivant.
PremierpersonnageDidier

Didier, mécanicien chez un préparateur privé.
52 ans, fume des Marlboro rouges entre deux tours, combinaison bleue de travail ouverte sur un t-shirt Metallica délavé par vingt lavages.
"Tu veux voir comment on change un train de pneus en 2 minutes 30 ? Regarde bien, gamin."
Il a dans les doigts quarante ans de mécanique et des mains qui reconnaissent un roulement défaillant juste au bruit.

Deuxiemescene
Les organisateurs qui courent avec leurs talkieswalkies, sueur sur le front malgré les 18 degrés du matin sarthois.
“Alpha 3 a base, on a un spectateur qui veut recuperer sa casquette tombee sur la piste, over.”
“Base a Alpha 3, negatif, attendez la neutralisation, over.”

Gulf Oil partout : cette couleur bleu pétroleum à la Steve McQueen. Mais moi, je la vois cette couleur mythique sous un angle différent : de dos, de profil, en flou de bougé.
Cette voiture N°1 qui file à 180, juste un trait bleu et orange dans mon 300mm. Poésie de la vitesse, accident de cadrage.

Dans les stands que j'observe de loin, ce même bleu Gulf, c'est de la sueur qui perle sous les casques, c'est des mains sales qui graissent des joints toriques, c'est des engueulades techniques en franglais approximatif entre un ingénieur de Tokyo et un pilote de Grenoble.
"Ze suspension, she is too soft, you understand?"
— Oui oui, soft, we change, no problem.
Couleursdu reel

Les vraies couleurs du Mans, c'est pas sur la piste dans la lumière dorée des photos officielles. C'est dans les reflets déformés des casques posés n'importe
où sur les capots, dans les combinaisons tachées d'huile Castrol, dans les regards fatigués de ceux qui bossent depuis 6h du mat'.


























